"Pourquoi lire les classiques (3)"

Publié le par Au fil des pages

Quelques ouvrages de la « bibliothèque idéale » de Calvino :

 

 

-          L’Anabase de Xénophon (!!) : « Un vieux documentaire de guerre [1] ».

-          L’Histoire naturelle de Pline l’Ancien (!!) livre II, VII et VIII : «  On pourrait distinguer un Pline poète et philosophe, avec son sentiment de l’univers, son pathos de la connaissance et du mystère, et un Pline névrotique collectionneur de données, compilateur obsessionnel, qui semble uniquement préoccupé de ne gaspiller aucune des annotations de son gigantesque fichier. »

-          Histoire comique des États et empires de la lune de Savinien de Cyrano[2] : « Le début du conte philosophique ».

-          Robinson Crusoé [3]de Defoe.

-          Jacques le fataliste de Diderot. Une curiosité : « …on ne peut ignorer l’influence du Tristram Shandy[4] de Sterne, nouveauté explosive de ces années-là… »

-          L’ami commun de Dickens : « Une Tamise livide et fangeuse à la tombée du jour, lorsque la marée monte le long des piliers des ponts. »

-          Trois contes[5] de Flaubert : « Les Trois Contes sont peut-être le témoignage d’un des  plus extraordinaires itinéraires spirituels que l’on ait jamais accomplis en dehors de toutes les religions. »

-          Deux hussards de Tolstoï : Un des textes où la « construction » tolstoïenne est la mieux visible, et comme il s’agit d’un de ses récits les plus typiques, […] et de l’un des plus beaux […]

-          Salle 6, ou La Steppe, ou encore  Le Duel, de Tchekhov dont Calvino nous dit : « Il existe pour lui, en Union Soviétique, une affection qui touche à la vénération. »

-          L’homme qui corrompit Hadleyburg[6] de Mark Twain.

-          Le Docteur Jivago de Pasternak : « Le dernier rescapé de l’avant-garde poétique occidentalisante. »

-          La grande Rivière au cœur double in L’Éducation de Nick Adams d’Ernest Hemingway : « Il fut un temps où pour moi – et pour beaucoup d’autres, de mon âge ou à peu près – Hemingway était un dieu. […] Un conte parmi les plus beaux et les plus typiques. »

-          Le Parti Pris des choses de Francis Ponge[7] : « …prendre un objet, le plus humble, un geste, le plus quotidien, et essayer de les considérer en dehors de toute attitude perceptive, de les décrire en dehors de tout mécanisme verbal usé par son utilisation. »

-          Fictions[8] et l’Aleph de  Jorge Luis Borges : « Borges est un maître de l’écriture brève. »

-          La vie, mode d’emploi[9] de Georges Perec : «  le dernier évènement dans l’histoire du roman en général, et en particulier français. »

-          Allez, on termine par un peu de Queneau !

·        Petite cosmogonie portative: « Poème en alexandrins sur les origines de la Terre, la chimie, l’origine de la vie, l’évolution animale, et l’évolution technologique. »

·         Essai-préface pour Bouvard et Pécuchet, du même : « Le Parnasse de Queneau »

·        Les enfants du limon, encore du même ! « [Utilise] un travail d’érudition, recherche sur les « fous littéraires », les auteurs « hétéroclites » que la culture officielle considérait comme fous, créateurs de systèmes philosophiques en dehors de toute école, de modèles cosmologiques en dehors de toute logique, et d’univers poétiques en dehors de toute classification stylistique

                    

 

 

En conclusion ?

-          Les grands livres, c’est comme le bon vin, mieux vaut laisser vieillir avant de déguster (la bibliothèque aussi peut être de chêne, d’ailleurs).

-          Fiez-vous aux œuvres qui ont traversé les siècles. Qu’on se le dise : le public a bon goût ! Si Hugo a toujours la même cote, même au cinéma, ce n’est pas par hasard ! Les Misérables sont un bouquin exceptionnel (en version intégrale, bien sûr… ). Les Métamorphoses d’Ovide ont toujours la même fraîcheur deux mille ans après. Si, si, promis !

-          Avant de vous précipiter sur le dernier Goncourt ou le dernier Renaudot, souvenez-vous du catalogue de Plon, à défaut du questionnaire de Proust ! Prenez plutôt … Virgile[10],  James Joyce[11], Rabelais[12] , T.E Lawrence[13] , Baricco[14], ou… le dernier Goncourt, si votre meilleur(e) copain(ine) vous en a dit du bien[15] !

-          Installez-vous confortablement sur le canapé du salon, dans votre fauteuil favori[16] , ou encore dans votre lit, avec deux oreillers pour mieux voir. Orientez bien la lumière, qu’elle éclaire le texte sans vous éblouir, sélectionnez une musique adaptée à votre livre, et à votre humeur, ou laissez bosser les petits oiseaux. Préparez une canette de bière, un grand verre de Tropicana, une citerne de thé, un verre de vieux malt ou une tasse de grand chocolat bien chaud[17]. Faîtes de la place à votre âme sœur, au chat, ou restez en votre seule compagnie.

-          Ne tournez pas trop vite la première page, ça se prépare un voyage immobile, sans ça, gare au claquage ! Un grand livre, ça se hume comme un grand cru et ça se déguste tout pareil ! Contemplez la couverture et les illustrations, lisez le résumé, palpez les pages, imprégnez-vous de l’odeur si c’est un livre ancien ! Son auteur, son imprimeur ou ses premiers lecteurs ont bien dû laisser une trace olfactive, à moins que ce ne soit la cave dans laquelle il a patienté trente ans en vous attendant. Profitez-en, avec les e-books, ça risque de plus être possible !

-          Vous êtes prêt ? Alors bon voyage ! Et souvenez-vous : c’est le livre qui nous choisit, pas nous qui choisissons le livre ! Faites-moi signe si vous en avez découvert un beau !

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[1] Toutes les citations entre "..." sont de Calvino, op.cité.
[2] Plus connu sous le nom de Cyrano de Bergerac dont s'est inspiré Rostand pour sa pièce célébrissime ! Je conseille aussi !
[3] Je recommanderais plutôt Le Journal de la Peste, enquête fabuleuse de modernisme, sur la Grande peste de Londres.
[4] A ne pas manquer non plus, parait-il !
[5] La Légende de Saint-Julien l'Hospitalier, Hérodias, Un coeur simple. Une mention toute spéciale.au premier. Une splendeur ! Mérite le détour... et l'enluminure !
[6] Lisez plutôt : Coment je devins directeur d'un journal d'agriculture, ou Une interview.
[7] Poète français (1899-1988). Dans le livre cité, il décrit la banalité des objets du quotidien.
[8] Notamment : Le Jardin aux sentiers qui bifurquent, son récit le plus célèbre
[9] Difficile à résumer en une phrase...
[10] Les Géorgiques. Dans un petit formay. Si possible un peu ancien... Le livre de poche de l'époque. Satisfaits ou remboursés !
[11] Au moins Gens de Dublin ?
[12] Illustré si possible
[13]
Oui, le colonel : Attaquez Les sept piliers de la sagesse. "N'ayez pas peur" comme disait Jean-Paul II !
[14] Novecento. Oui, je sais, c'est récent, mais ça va devenir un classique très vite. Un petit bijou, très court (87 pages). A faire longuement tourner en bouche...
[15] Et que vous avez grande confiance en votre meilleur(e) copain(ine) !
[16] Le chat finira bien par revenir s'installer sur vos genoux !
[17] Ou un grand verre de gloubi-boulga...

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